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Neuroarchitecture et neurodiversité : pourquoi nos intérieurs ne peuvent pas être neutres

Relation entre l'être humain et l'architecture de Le Corbusier
Relation entre l’être humain et l’architecture de Le Corbusier .

Pendant longtemps, l’architecture et l’urbanisme ont cherché à concevoir des espaces adaptés au plus grand nombre.
Des proportions standardisées, des hauteurs dites « idéales », des circulations rationnelles, des logements pensés pour répondre à des usages universels.

Et lorsqu’on visite aujourd’hui les réalisations de Le Corbusier, comme l’Unité d’Habitation de Marseille ou le site de Firminy, on ne peut qu’être fasciné par la profondeur de cette réflexion.

Lumière, proportions, modularité, circulation, mobilier intégré… chaque détail témoigne d’une volonté profondément humaine : améliorer les conditions de vie grâce à l’architecture.

Mais aujourd’hui, grâce aux avancées des neurosciences et de la neuroarchitecture, notre compréhension du lien entre l’être humain et son environnement évolue encore davantage.

Et une question devient essentielle :

Le cerveau humain possède des besoins universels

Avant même de parler de neurodiversité, il est important de rappeler que le cerveau humain partage certains besoins fondamentaux.

Depuis des millénaires, notre manière d’habiter les espaces est influencée par des réflexes archaïques profondément ancrés dans notre système nerveux.

Nous recherchons instinctivement :

  • des espaces refuges,
  • une sensation de sécurité,
  • une bonne lisibilité des lieux,
  • l’accès à la lumière naturelle,
  • la possibilité d’observer sans être constamment exposé,
  • des environnements capables d’apaiser notre charge mentale.

Ces réactions ne relèvent pas uniquement du goût ou des tendances déco. Elles touchent à notre fonctionnement neurologique profond.

C’est précisément ce que la neuroarchitecture cherche à mieux comprendre : comment les espaces influencent nos émotions, notre stress, notre concentration, notre sommeil ou encore notre sensation de bien-être.

Neurodiversité : nous ne percevons pas tous les espaces de la même manière

Mais au-delà de ces besoins universels, les neurosciences nous montrent aussi que nos sensibilités et nos perceptions des espaces sont extrêmement variées.

Et c’est là que la question des neurodiversités devient passionnante dans le domaine de l’architecture d’intérieur.

Certaines personnes ont besoin :

  • d’un environnement visuellement calme,
  • de repères très clairs dans l’espace,
  • d’une lumière douce et indirecte,
  • d’une réduction des stimulations sonores,
  • d’une organisation spatiale très lisible.

D’autres, au contraire, ont besoin de davantage de stimulation ou de mouvement.

Les personnes autistes, TDAH, dyslexiques, hypersensibles ou concernées par d’autres formes de neurodiversité peuvent vivre un espace de manière très différente.

Et pourtant, pendant longtemps, les intérieurs ont été pensés selon des standards relativement uniformes.

Adapter les espaces améliore souvent le confort de tous

Ce qui me touche particulièrement dans cette réflexion, c’est qu’en architecture comme en urbanisme, penser les espaces à partir des besoins d’une minorité finit très souvent par améliorer le confort de tout le monde.

Un environnement plus lisible, plus apaisant, plus ergonomique ou moins agressif sensoriellement bénéficie rarement à une seule catégorie de personnes.

C’est un peu le même principe que dans une ville accessible : au départ, certains aménagements sont pensés pour répondre à des besoins spécifiques. Mais au final, ils rendent la vie plus simple et plus agréable pour tous les habitants.

Mon regard d’architecte d’intérieur sur la neuroarchitecture

Dans mon travail d’architecte d’intérieur, cette réflexion devient de plus en plus centrale.

Moi-même, par exemple, j’ai choisi un plan de travail plus haut dans ma cuisine parce que sinon je me casse le dos.
Je le ressens immédiatement lorsque je cuisine dans des espaces pensés selon des standards classiques.

Ma fille est dyslexique et dysorthographique.
Dans mon entourage, il y a aussi une petite fille autiste.

Et toutes ces expériences me rappellent une chose essentielle :

Nos intérieurs ne sont jamais neutres.

Ils influencent notre énergie, notre capacité à nous concentrer, à nous reposer, à nous sentir en sécurité ou, au contraire, à nous épuiser.

Vers une architecture d’intérieur plus humaine

La neuroarchitecture ouvre aujourd’hui des perspectives passionnantes pour imaginer des espaces plus sensibles aux besoins réels des êtres humains.

Cela ne signifie pas abandonner l’esthétique ou les grands principes architecturaux.

Au contraire.

Cela consiste peut-être simplement à élargir notre regard et à concevoir des lieux capables d’accueillir la diversité humaine, tout en respectant les besoins fondamentaux de notre cerveau.

Parce qu’au fond, un intérieur réussi n’est peut-être pas seulement un intérieur beau.

C’est un lieu dans lequel le corps et le cerveau peuvent enfin souffler.

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